LE CAS HAMON

15 jan

Il y a des artistes qui créent comme ils respirent; ils n’ont rien du génie solitaire, enfermé dans sa tour d’ivoire. Ils sont dans le monde et de plain pied. Les hauteurs et sentiments éthérés ne leur siéent guère; c’est dans un corps à corps sans repos qu’ils trouvent leur aloi. Il y a de ces artistes qui, on en jurerait, s’excuseraient presque de fouler notre terre, respirer notre aire, manger de notre pain… Ils s’effacent sans fausse modestie aucune derrière leurs oeuvres, ne sachant, j’en mettrais ma main à couper, tellement leur âme n’est que simplicité, que leur travail artistique abouti accouche toujours, comme par miracle et enchantement, comme si de rien n’était à une Oeuvre.
Philippe Hamon est de ceux-là. L’homme ne s’est pas embarassé d’études artistiques ou autres, d’écoles en tout genre et de tout acabit où l’on parle plus d’art que l’on n’en fait. Son école à lui c’est la rue. Pas n’importe quelle rue, ni celle de Saint-Germain, Neuilly, Chatou ou Longchamps… non! celle des banlieux! Et, dans tout ce qu’il voit, et, dans tout ce qu’il touche, par l’intermédiaire direct de son objectif photographique il donne des lettres de noblesse.
Cet artiste est né à … Sarcelles! Sarcelles la délaissée, Sarcelles la méprisée, telle une femme de rien et qui pourtant à tout ce que celles qui se disent être quelque chose non pas: la grâce de la pauvreté, la vraie, j’entends celle qui fait mal, qui humilie et pourtant rend fier les hommes nés libres. Arrêtons-nous un instant sur quelques portraits! Car ce sont les visages et les silhouettes qui intéressent au plus haut point ce grand photographe qu’est Philippe Hamon. Des visages en noir et blanc de noirs et de blancs, car l’Homme n’appartient pas à une seule race, mais à toutes. Et le noir et blanc de Philippe Hamon lui permet de hisser des banlieusards au rang d’Hercules, de Zeus, de Sapho, d’Athéna des temps modernes. Comment cet artiste fait-il pour nous rendre tojours ces hommes et ces femmes photographiés par lui si proches de nous; qu’ils soient des inconnus ou des vedettes du show-biz.
Je ne vois qu’une explication: ce photographe aime les hommes. Non pas de cet amour servile de l’humanisme bon teint caviardé par la gauche, enculé par la droite. Non, ils les aiment comme ils sont c’est à dire sans les juger. Voilà pourquoi l’osmose se crée alors entre l’artiste photographe et le modèle – parfois lui même un artiste, comme dans le cas de Gainsbourg, dont le portrait est le plus beau, le plus humain qu’il m’ait été donné d’admirer.
Serge Gainsbourg par Philippe Hamon

Serge Gainsbourg par Philippe Hamon

L’osmose étant surgit alors entre Philippe Hamon et son “modèle” l’acte magique dans l’ouverture du modèle devant l’objectif; c’est alors que ce produit le déclic du Mamya du photographe. Déclic qui chez lui n’arrive jamais ni trop tôt ni trop tard! C’est pourquoi des visages archi-connus, je devrais écrire archi-vus se révèlent à nous, spectateurs/voyeurs ébahis comme pour la première fois. Nous croyions les connaître et il nous suffit d’être mis en présence d’une seule photo de Philippe Hamon pour nous apercevoir de notre vanité; nous ne les connaissions pas, nous n’en savions rien. D’un coup Philippe Hamon nous jette dans les abîmes de la vérité esthétique et découvre pour nous ce qui avant lui, avant son acte créateur nous restait caché, inaccessible: la personnalité du modèle, la vraie pas celle de pacotille surlaquelle nous nous reposions. Qu’il nous suffise de regarder le portrait de Dalida et la détresse incommensurable de cette femme icône. Portrait prémonitoire de sa fin tragique.
Vous l’avez compris Philippe Hamon est un alchimiste des âmes. Il ne les transmutent pas; il les révèle. Et toujours il le fait avec grand respect et délicatesse pour notre regard endormi que son artisme réveille et tient en éveil. Cet artiste qui des rues de Sarcelles sa bien-aimée a photographié tout le gratin du show-biz n’a pas été perverti par celui-ci. J’entends par là qu’au fur et à mesure qu’il photographiait il n’est nullement tombé dans un confort artistique propre au maniérisme, aux effets gratuits et par là snobinards. Bien au contraire! Plus il faisait, par exemple, des pochettes de disques et plus il s’enfonçait dans les tréfonds et recoins de l’âme humaine et donc de la douleur d’exister… de la tristesse et colère d’être… Oui, plus il aura pénétré dans ce lancinant motto qui va de Leibniz à Heidegger et leur survit: pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien? Philippe Hamon est un grand photographe, un grand artiste. Pourquoi? Car il n’a jamais voulu l’être. Parce que jusqu’à aujourd’hui son regard est pur de toute petitesse, bassesse, méchanceté et que toujours il s’extasie devant ces êtres-là qu’il photographie en nous dévoilant leur être.
Nous pouvons regarder, sans nous lasser, à la suite, tous ces portraits. Ce maître photographe les fait surgir de l’ombre de leur anonymat ou des sunlights de la célèbrité pour nous les montrer tels qu’ils sont: des hommes tous égaux dans leur humanité, leur douleur… leur angoisse!

Pas encore de commentaire

Laisser une réponse

PARKIN'SONG |
Chevalier Rouergue |
Desimpressionsurdespeintures |
Unblog.fr | Annuaire | Signaler un abus | Esther K.
| Through my eyes
| les oeuvres de titi